Éric
Manager de programmes internationaux - Humanitaires et Développement (VAE), 2020 En poursuite d'études à Sciences Po.
Manager de programmes internationaux – Humanitaire et Développement, 2020C’est une histoire. Une histoire non linéaire. Ponctuée de virages tous plus radicaux les uns que les autres. Une histoire qui forge la personne. Qui fustige les préjugés. Qui envoie balader la doxa sur les parcours étudiants et professionnels. Une histoire de rencontres aussi. Cette histoire, en plusieurs chapitres, c’est la mienne. Unique, puissante, elle n’a fait qu’enrichir une vie personnelle et professionnelle.
Inscrit au Lycée de l’image et du son d’Angoulême, j’obtiens un baccalauréat série S et décide de ne pas suivre la filière scientifique, pourtant induite par mon parcours lycéen et une première année de DEUG de physique-chimie à l’université de Poitiers ; Je m’engage dans les Arts du spectacle à l’université de Lorraine. Nous sommes alors en 2000. C’est le premier tournant de ma vie. Quelques années plus tard, licence d’études cinématographiques en poche, je prends à nouveau le contre-courant de la vox populi estudiantine et passe avec succès le concours de professeur des écoles. C’est le second tournant. Nous sommes à Tours. 2004. J’entame alors le métier d’enseignant dans le premier degré en Touraine. Aujourd’hui, je le suis toujours, au lycée français de Doha, au Qatar. Résident qatarien, j’ai allié choix professionnel et plaisir personnel. Celui de voyager, de découvrir de nouvelles régions du monde, de rencontrer les populations locales, de mieux comprendre le monde et d’en maîtriser les différents enjeux stratégiques internationaux.
Autant il y a des virages que vous maîtrisez, d’autres viennent vous percuter en pleine trajectoire et vous font découvrir d’autres environnements, d’autres enjeux, d’autres fonctionnements, d’autres personnes. Août 2017. Au détour d’une émission radiophonique dans laquelle je suis interrogé sur l’école du futur, le président de l’ONG paloise Télécoms sans frontières International1 me contacte et souhaite développer un programme éducation au sein de sa structure. C’est le début d’une collaboration qui ne s’est jamais arrêtée. Bien au contraire. De missions sur le terrain au Proche Orient pour mettre en place les programmes en Turquie et en Syrie aux décisions stratégiques en matière de développement du programme avec les salariés du siège, ma position n’a fait que prendre de l’ampleur. De la force. Au point de me poser des questions sur une éventuelle reconversion professionnelle. Simple à dire, plus difficile à mettre en œuvre. « It’s just a matter of time » comme on dit … Et de compétences aussi. Après plusieurs années de réflexion et d’analyse, le choix est fait. C’est décidé : je ferai tout pour faire valoir les nombreuses compétences acquises au cours de ma carrière professionnelle. S’engager, c’est aussi ce qui me caractérise. Persévérer, je l’ai toujours fait. Déconsidérer mon parcours et remettre en question mes compétences, jamais.
De mars à décembre, six mois auront été nécessaires pour effectuer cette VAE. Un délai a priori « rapide » mais trompeur tant la multiplication des tâches et l’augmentation exponentielle des écrits à l’approche de la date d’échéance de la soutenance du dossier sont venus rappeler l’exigence de la formation. Tutoré par une enseignante de l’école, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur une personne ressource qui a eu un pied dans l’enseignement et qui maîtrisait donc les différentes aspects techniques, pédagogiques et institutionnels de la structure « Éducation nationale ». Elle a su mettre en perspective les attendus de la VAE avec mes expériences du terrain. C’est ce qui a été pour moi la principale difficulté : de pouvoir associer des expériences et donc des compétences acquises sur un terrain étranger à l’humanitaire avec les compétences attendues dans le socle de compétences du diplôme. Les relier avec des éléments de preuves probantes a constitué un long travail d’archivage et de tri des nombreuses ressources accumulées au cours de ces seize années d’enseignement. Mais pas seulement. Je ne pouvais pas ne pas associer à cette VAE mon expérience – certes limitée – dans l’humanitaire. C’est d’une vision d’ensemble et d’une réflexivité globale sur un parcours dont on parle finalement ici.
La seconde difficulté a été la compréhension in fine des compétences qui, pour certaines, témoignaient d’un degré de technicité avancé voire expert. L’Education nationale possède aussi un langage particulier, spécifique, technique mais celui-ci était nouveau. J’ai donc appris à le connaître, à en maîtriser les enjeux, les sous-jacences techniques et à les repositionner dans un contexte qui m’était plus proche. Pour, au final, se rendre compte de la frontière très fine entre ces compétences du socle avec celles contenues dans le référentiel de compétences des enseignants.
6 mois. C’est le temps imparti pour l’écriture du dossier. L’organisation est donc essentielle, voire primordiale. Des échéances de travail sont mises en place avec la tutrice avec des éléments d’écriture à rendre pour analyse, correction, amélioration et ajustements stylistiques. Du fait de l’éloignement géographique, des visioconférences sont également programmées : elles servent à faire le point sur le contenu du dossier à instant t, de fixer les objectifs de travail pour les prochaines échéances, revoir la forme du dossier, reprendre les éléments de preuves en fonction de leurs pertinences, redéfinir les objectifs du dossier au prisme des attendus de la formation proposée par l’IRIS. Entre autres éléments techniques, pédagogiques et organisationnels. 6 mois durant lesquels les échanges ne se sont pas arrêtés, la communication entre les deux parties devenant une condition à la réussite de ce dossier. Je n’ai pas compté mes heures de travail sur ce dossier. Je pourrais dire avec humour qu’au bout de deux heures j’ai arrêté de compter. Plus sérieusement, il m’est difficile de pouvoir donner avec certitude une quantité horaire dédiée à l’écriture, les corrections, le tri des preuves, les quatre versions de relecture, la finalisation. Chaque parcours étant différent, chaque dossier est unique. L’investissement en découlant étant de facto lui aussi spécifique. Pour sûr, j’y ai passé du temps. Beaucoup. Mais ça, c’est mon côté hyper exigeant qui ressort … Mais ce qui compte, ce n’est pas le temps que l’on met à le construire mais plutôt ce que l’on y met dedans. Nouveau paradigme. Modification de posture. Changement de stratégie.
C’est une histoire. Une histoire non linéaire. Tracée au fil des années, elle ne prend maintenant que tout son sens. Quand je regarde d’où je viens et ce que je suis en train de construire, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces moments de doutes sur ma vie personnelle, je ne peux occulter les multiples remises en question sur mes décisions et mes choix professionnels. Et pourtant, j’ai fait de ces virages sinueux un chemin complet, riche, unique, vaste. Un chemin qui m’emmènera vers un futur encore inconnu mais qui me permettra de m’épanouir. Un chemin des possibles. C’est une histoire sans fin. Une histoire dont je préfère laisser des pages blanches. C’est certain, d’autres évènements viendront les colorer et les marquer d’une empreinte faite de curiosité, de compétences, de découvertes, de rencontres. J’ai d’ailleurs déjà noté le titre de la prochaine page : Sciences Po.